Villon au pouvoir

De Paris by Night
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Révolution !

Profitant des dissensions entre les Toréadors et les Ventrues, les Brujahs étaient parvenus à étendre leur influence non plus seulement aux masses populaires, mais également aux élites bourgeoises de la capitale. Ainsi lorsque les hostilités furent entamées, les Vampires de la Cour, devant l’ampleur de la situation, ne purent qu’assister, impuissants, à la déferlante révolutionnaire. Perdus dans les tourbillons éphémères d’un Versailles superficiel et conformiste, ils ne purent se défendre contre la violence qui se déchaîna sur eux. Dans leur arrogance, ils avaient sous-estimé le danger, et allaient en payer le prix…

Les Brujahs, les Anarchs et leurs alliés démontrèrent une férocité inouïe. Ils avaient décidés de supprimer physiquement l’ancienne génération de dirigeants et faire tabula rasa du passé de la manière la plus radicale qui soit. Dès les mois qui suivirent, des dizaines de Vampires furent tués dans leurs repères. Les survivants, pris de panique, s’enfuirent comme ils purent de Paris. Ce fut le cas de Béatrix et de ses partisans de Versailles. Mais ils furent interceptés en route par le Primogène Malkavian et mis impitoyablement à mort.

Les principaux Toréadors de Versailles morts, François Villon, le tranquille et mondain Primogène de Paris, devenait le chef naturel des Toréadors de France. Il devenait par conséquent le Vampire à abattre… Mais il sut disparaître le temps nécessaire, attendant son heure pour agir.

La Révolution battait son plein et la situation se compliquait de jour en jour. Entre les Vampires révolutionnaires, des dissensions de plus en plus sensibles apparaissaient. Idéologues extrémistes, modérés idéalistes, ambitieux arrivistes…chaque mouvance aiguisait ses armes et se préparait à l’affrontement.

Dans un climat explosif, les règlements de compte devenaient monnaie courante; ainsi le Primogène Malkavian, considéré comme un dur, était tué par les siens. Et tandis que les factions révolutionnaires se neutralisaient, un groupuscule d’irréductibles Ventrues, mené par Pierre Emmanuel de Pompignan, assassinait les leaders Brujahs. En 1793, il ne restait plus que l’un d’entre eux, Léonide qui imposa son autorité en se lançant dans la Terreur.

La « réconciliation »

En juillet 1794 Villon réapparut sur le devant de la scène. Avec le soutien des Nosferatus et de quelques Toréadors, il détruit Léonide, isolé et contesté par ses propres partisans. Mettant un terme à la Terreur, le retour du Toréador, apparaissait comme une solution providentielle pour la plupart des Vampires, las de l’anarchie et de l’insécurité. Et puis, s’il était certes le successeur légitime de Béatrix, il démontrait par son ancienne attitude lors du primogénat une certaine modernité de gouvernement et méprisait, de plus, les mesquines intrigues de Cour.

La reprise du Pouvoir n’était cependant pas évidente, il fallait réinventer de nouveaux comportements de Cour en tenant compte des nouveaux équilibres et en contentant le plus de Vampires possible. On attendait de Villon qu’il soit plus un arbitre qu’un véritable chef. En conséquence il fut nommé, pratiquement à l’unanimité, intendant de Paris, le poste de Prince restant vaquant.

Si les troubles intérieurs tendaient à se résorber, la situation extérieure, elle, devenaient de plus en plus explosive. Les principaux voisins de la France voyaient dans la révolution française une bonne occasion d’implanter leurs influences dans l’Hexagone. Ils étaient en cela soutenu par les Ventrues parisiens et français qui espéraient ainsi reprendre le Pouvoir, quitte à devoir le partager avec leurs cousins européens.

Villon avait carte blanche pour organiser la contre-attaque. Les Vampires révolutionnaires certes avaient déjà obtenu quelques victoires éclatantes, comme à Valmy, mais le rapport de force était clairement en leur défaveur. Un personnage exceptionnel allait alors intervenir et organiser la victoire; il venait de Corse et allait changer la face de l’Europe.

L’épopée napoléonienne

Bonaparte fut originellement détecté par les Brujahs de Marseille. Ayant constaté ses qualités de chef et de stratège, ils espéraient, à travers lui, arriver aux plus hautes sphères du Pouvoir parisien et influencer la politique nationale. Leurs prévisions se réalisèrent à moitié: Bonaparte gravit en effet la hiérarchie militaire et se plaça au premier plan des personnalités parisiennes, mais se détacha aussi très vite de leur influence, pour devenir complètement indépendant. Dans la capitale plusieurs Vampires s’intéressaient à lui. Ce fut en particulier le cas du Primogène Gangrel Émile de Guyancourt. Ce stratège d’exception avait largement contribué aux victoires de la révolution. Considéré comme un ultra, il était jusque-là resté assez effacé. Bonaparte allait lui donner l’occasion de se placer au premier rang de la société vampirique française.

Il s’attela à favoriser la politique du jeune général, dont il partageait les idées: pour gagner il fallait être résolument offensif. Dans l’ombre de Bonaparte, il allait l’aider dans ses entreprises et le soutenir pour appliquer ses plans. De Guyancourt accompagna même Bonaparte en Egypte (1 juillet 1798), avant de revenir à Paris pour assister à son coup d’état (18 mai 1804 Napoléon devient Empereur).

Au début assez réservé, Villon en vint à soutenir les projets de De Guyancourt. Ce dernier ne semblait pas avoir d’ambitions politiques, et n’était donc pas un rival. Au contraire, il pouvait être un allié précieux qui lui permettrait de s’imposer de manière forte dans le rôle de maître de la France et de montrer sa puissance aux autres Princes d’Europe. Profitant des victoires et du climat d’euphorie, Villon parvint à se faire officiellement nommer Prince de Paris.

Si Villon ne contrôlait pas directement Napoléon, il influençait très fortement son entourage. Cela allait désormais devenir la politique du Prince de Paris: noyauter un système plutôt que de contrôler un homme. Il mit d’ailleurs en place une administration ultra centralisée et complexe. Elle quadrillait le pays et le tenait efficacement.

L’étape suivante était la conquête de la France sur le plan vampirique. Théoriquement, tous les dirigeants des villes du Nord étaient inféodés, depuis le XVIIème siècle, au Prince de Paris. Ils ne devaient d’ailleurs plus être appelé “Princes” mais “Marquis”. La pratique était plus nuancée, et à la moindre crise les tentations souverainistes revenaient. Avec le règne très musclé de Napoléon, Villon réaffirmait le principe de l’Hégémonie et l’étendait à toute la France. Ce ne fut pas spécialement difficile: la plupart des villes de province étaient dirigées soit par des Ventrues ou des Toréadors très contestés soit, depuis la révolution, par personne. Ainsi les nouveaux Princes s’empressaient-ils de demander la protection et le soutien du Prince de Paris pour garder leur poste ou rester en vie. Cela se faisait contre une perte substantielle de leur indépendance.

L’ère napoléonienne marqua l’instauration définitive de l’Hégémonie. Souvent remise en question elle ne fut cependant jamais abolie depuis…

L’Europe Toréador

Les fastes de l’Empire, et le rétablissement d’une nouvelle noblesse favorisaient en premier lieu les Toréadors. Ils étaient désormais les maîtres de la France et n’allaient pas tarder à le démontrer au reste de l’Europe. Ils procédèrent en effet au pillage systématique des œuvres d’arts des pays conquis.

Le clan de la Rose régnait sur la Cour et les salons dans un fatras de luxe et de dorures. Cette prospérité marqua aussi une certaine rigidité artistique, la plupart des Toréadors traditionalistes se rattachant encore à cette période, en matière de peinture notamment, et rejetant la plupart de ce qui a suivi.

Bien entendu le vol d’œuvres d’art fut particulièrement mal perçu par tous les Vampires d’Europe et ils en gardèrent une haine farouche contre les Toréadors. Certains Princes, toutefois, jugèrent bon de s’allier avec les français. Mais ces alliances étaient ponctuelles et nettement opportunistes. Le vent pouvait tourner à n’importe quel moment, ce qu’il ne manqua pas de faire.

La fin de l’Empire

Si la France étaient puissante et respectée, elle était cependant exsangue après des années de guerres continues. Les Princes européens se ressaisissaient progressivement et montaient des alliances de plus en plus menaçantes. Face à un De Guyancourt de plus en plus agressif, Villon tentait de calmer le jeu. Autour de lui les Brujahs, très présents dans l’armée, devenaient trop puissants, et les Ventrues complotaient avec l’étranger.

Il fallait à tout prix tourner la page napoléonienne de manière souple pour ne pas aboutir de nouveau à des conflits internes. Villon se mit brutalement en retrait entraînant avec lui le clan Toréador. Il reprenait par ailleurs de discrets contacts avec les Ventrues. Les traditionalistes, partisans de Pierre Emmanuel de Pompignan, restaient en guerre ouverte contre lui et refusèrent tout compromis, le courant “libéral” de son coté, en plein développement, accueilli en revanche, favorablement les appels à la discussion du Prince.

Dans ces conditions, la chute de Napoléon n’était plus qu’une formalité. Elle entraîna néanmoins la destruction de De Guyancourt et de sa descendance directe (1815). Sans y participer directement, Villon ne fit rien pour l’empêcher.

Les divisions des Ventrues

Même si Villon avait aidé à la chute de l’Empire, il se retrouvait néanmoins affaibli en 1815. Il dut alors se résigner à composer avec les anciens Ventrues. Ces derniers, s’ils apparaissaient comme des vainqueurs et contrôlaient la royauté, ne pouvaient pas encore contester l’autorité de Villon, désormais fortement implanté à Paris et roi des vampires de France.

Le mieux qu’ils pouvaient espérer, était qu’avec le retour de la monarchie et la réhabilitation des Rois de France, ils pourraient revenir à la situation antérieure à la révolution française. Mais, après quelques mesures radicalement réactionnaires, ils se retrouvèrent à nouveau complètement isolés. Pour les Brujahs, certes très affaiblis, ils étaient les ennemis à abattre. Mais leurs plus dangereux adversaires étaient de leur propres camp: les nouveaux Ventrues réformateurs, qui trouvaient leurs appuis dans la riche bourgeoisie affairiste, ne voulaient plus de l’Ancien Régime. Avec le développement du capitalisme, cette opposition allait en s’accentuant. Les deux courants Ventrues étaient totalement inconciliables. Villon en profita pour donner un coup de grâce à la noblesse légitimiste.

Les nouveaux rapports de force

L’autoritarisme et l’arrogance des Ventrues conservateurs incitèrent Villon à organiser un « coup d’état » populaire. Avec la révolution éclair de 1830, Charles X était destitué sans ménagement et Louis-Philippe, le protégé des Ventrues réformateurs accédait au Pouvoir.

Cet événement allait marquer un changement radical dans les combats politiques. La lutte de classe faisait progressivement son apparition…

Encore timide, l’industrialisation se développait alors considérablement, multipliant le nombre des ouvriers. Cette nouvelle population urbaine et misérable servait de terreau pour des Brujahs désabusés et aigris.

Ces derniers se réorganisaient et étaient plus que jamais déterminés à faire évoluer la société. Ils supportaient mal, qu’après toutes les luttes qu’ils aient accomplies, le Pouvoir en France reste aux mains d’une élite immobiliste et suffisante.

Villon laissait se développer l’antagonisme entre les Brujahs et les nouveaux Ventrues, sa priorité étant de se débarrasser des Ventrues traditionalistes, individuellement très puissants. Il n’hésitait pas pour cela à soutenir discrètement les mouvements républicains et à influencer de nombreux écrivains dans ce sens.

Cela dit, dans la France de Louis-Philippe, les nouveaux Ventrues prenaient de plus en plus d’importance. Grisés par le Pouvoir auxquels ils n’avaient jamais accédé, ils se comportaient avec assurance et en venaient à mettre en cause l’autorité de Villon. Ils faisaient là une bien grande erreur.

La république de l’espoir

L’année 1847 fut marquée par des troubles dans toute la France. La crise économique et la famine exacerbaient les tensions sociales et poussaient les masses les plus défavorisées à la révolte.

Villon vit dans ce climat explosif une occasion de diminuer considérablement l’influence des Ventrues. Il incita les Brujahs, qui ne demandaient d’ailleurs que cela, à lancer une insurrection de grande envergure à Paris. Fin février 1848, toute la ville était dans la rue. Les nouveaux Ventrues, encore jeunes et peu puissants, résistèrent à peine à l’offensive révolutionnaire et la plupart s’exilèrent de la capitale, quitte à perdre toute influence. En quelques jours, la monarchie était abolie et la république triomphalement proclamée.

Villon était directement intervenu dans cette révolution. Plusieurs meneurs, essentiellement artistes et écrivains, étaient directement sous son influence, c’était particulièrement le cas pour Lamartine.

Grâce à leurs premiers succès, les Brujahs croyaient détenir la victoire. Ils avaient, pensaient-ils, les moyens d’appliquer enfin leurs principes et de réaliser leurs idéaux. Mais ils déchantèrent bien vite.

Certes, ils étaient redevenus la seconde force à Paris, juste derrière les Toréadors, et avaient sérieusement affaibli les Ventrues, mais la république tournait court et les classes conservatrices reprenaient du pouvoir. La révolution de 1848, malgré les avancées spectaculaires qu’elle proposa, et les idées généreuses qu’elle défendit, se cantonna à Paris et ne toucha pas les autres villes française. Politiquement, elle était condamnée.

Les Brujahs accusèrent alors Villon d’être responsable de la situation. Ils étaient en effet persuadés qu’il les avait trahi et s’était rallié aux Ventrues, une fois ceux-ci trop faibles pour lui faire de l’ombre. Pour couper court aux accusations, le Prince proposa une consultation au suffrage universel des mortels. Après tout si la France voulait la république, ce qui paraissait bien douteux, elle n’aurait qu’à l’exprimer par les urnes.

Mais ces élections avaient une autre importance pour Villon. Il avait décidé de s’y investir directement. Car il s’était trouvé un atout de taille, qui dépassaient les clivages en vigueur et le conduirait à la victoire: Louis Napoléon Bonaparte.

L’Empire contre-attaque

A peine élu, le neveu de Napoléon, par les manigances de Villon, procédait à un coup d’état et se proclamait Empereur. Cette brutalité du Prince de Paris surpris énormément. Jusque-là il s’était montré conciliant, recherchant avant tout l’équilibre des forces. Son soudain appétit de pouvoir semblait complètement incongru.

La situation toutefois le justifiait. À Paris, en effet, les Brujahs étaient, depuis 1848, plus forts que jamais. Et en province les Ventrues des deux bords reprenaient du poil de la bête. Pour reprendre l’initiative, Villon décida de frapper fort et dur. Le second empire allait être un régime autoritaire, extrêmement centralisé, étendant l’ordre et appelant au progrès social dans la discipline.

Villon avait bien entendu derrière lui tous les Toréadors, ainsi que plusieurs Ventrues opportunistes et nombre de Vampires nostalgiques du premier empire.

La plupart des Brujahs lui restaient cependant formellement opposés et représentaient un danger autant politique que physique. Leur influence, par ailleurs, croissait à fur et à mesure que l’industrialisation de la France se poursuivait et que le nombre, à Paris, des ouvriers augmentait à une vitesse spectaculaire.

Villon ne pouvait enrayer ce mouvement et rater le coche du capitalisme. Il s’affirma d’ailleurs de plus en plus dans le monde économique et poussait les Toréadors à en faire autant. De ce fait, il se rapprochait des nouveaux Ventrues et creusait encore l’écart entre lui et les Brujahs.

Un clash semblait inévitable. Lors d’une réunion de Cour, Villon fut violemment pris à parti par la Primogène Brujah, Catherine Agdalene. Dans des termes à peine couverts, elle le menaça d’une guerre impitoyable. Le Prince de Paris ne réagit pas immédiatement. A peine plus tard, il prétexta cet incident pour confier au Toréador Pierre Lescot le soin de “nettoyer” Paris.

Paris se rénove

Depuis un certain temps, Villon, en esthète Toréador, voulait transformer Paris en une cité moderne et harmonieuse. En plein XIX siècle, la capitale était encore une ville du Moyen-Âge, sans égouts, aux habitations vétustes et laides et aux ruelles étroites et mal entretenues.

Lescot était la personne idéale pour ce genre d’entreprise. Ultra réactionnaire depuis la révolution française, architecte du palais du Louvre de son vivant, inspirateur sous Béatrix de la place des Vosges, il était le champion de la symétrie et des grands axes structurants. Son objectif était simple: démolir les maisons pauvres et insalubres pour les remplacer par des appartements bourgeois harmonieux et massifs. Son maître d’œuvre était le préfet de Paris, le baron Haussmann.

La transformation de la capitale fut généralisée et de très grande envergure. Les travaux entrepris étaient gigantesques: percements de grands boulevards rectilignes, aménagements de places monumentales, construction d’une dizaine de ponts, création des Buttes-Chaumont, des bois de Boulogne et de Vincennes, achèvement du Louvre, réalisation de l’Opéra, de plusieurs gares, d’un système d’eau potable, des égouts…Années après années, Paris changeait complètement de visage.

Ces travaux faisaient évidement des victimes. Systématiquement expropriés, les classes populaires se voyaient impitoyablement rejetées vers le nord et l’est de Paris et leurs quartiers étaient fractionnés pour éviter toute insurrection. C’est d’ailleurs à cette époque que, sous l’inspiration de Villon, les vingts arrondissements de Paris furent créés. A cette occasion, tous les quartiers, comme Belleville, où les Brujahs avaient quelques influences, étaient systématiquement divisés entre plusieurs arrondissements.

Villon instaurait peu après le principe des Bourgmestres, qui permettait à un Vampire de “diriger” un arrondissement.

Les résultats des transformations spectaculaires de Paris, outre le point de vue esthétique, furent le changement radical dans les types de populations qui y résidaient. Le centre de Paris, auparavant extrêmement modeste était désormais réservé aux classes supérieures. Triomphants, les nouveaux Ventrues et les Toréadors affairistes rachetaient Paris et exhibaient leur richesse. Leur axe Bourse-Opéra apparaissait comme le symbole de cette population, partagée entre la spéculation et les loisirs mondains.

En réaction, les aristocrates, à l’image des anciens Ventrues, se recroquevillaient dans leurs quartiers traditionnels où, à l’ombre de leurs hôtels particuliers, ils méprisaient ces nouveaux riches qui étalaient impudiquement leur condition sociale.

Les Brujahs perdaient, quant à eux, de l’influence à perte de vue, et malgré toute leur résistance, ils ne pouvaient endiguer l’invasion bourgeoise. Ils finirent par perdre de leur assurance et traiter avec le Pouvoir…

À l’image de sa ville qui se parait de mille splendeurs, Villon obtenait une assise forte et incontestable. Jamais auparavant un Prince de Paris n’avait été si établi dans sa ville. Personne ne songeait plus à le défier de l’intérieur, mais la menace vint de l’Est…

La guerre de 1870

Tandis que la France se rénovait, la Prusse s’apprêtait à unifier les autres principautés allemandes. Le prince de Berlin, Gustav, pour accélérer le mouvement, décida de défier la France pour montrer sa force et sa détermination. Il voulait aussi par la même occasion laver l’affront des invasions napoléoniennes et des pillages Toréadors des œuvres d’art de son pays.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y parvient parfaitement. Les forces françaises furent balayées par les armées prussienne, et Paris, durement assiégée, dû signer un armistice humiliant avec les prussiens. Le coup était dur pour Villon qui voyait son image ternie par une effroyable défaite.

Le retour des nouveaux Ventrues

Le problème de Villon restait toujours le même. Sur le plan national, les nouveaux Ventrues prenaient du poids, tandis qu’à Paris, ils restaient en sous nombre par rapport aux Brujah. Cette dichotomie entre la capitale et la province pouvait remettre en cause le principe d’Hégémonie.

Pour s’en prémunir, Villon laissa entendre aux Vampires de province qu’il était prêt à accueillir à Paris les plus méritants d’entre eux, et qu’il leur réserverait, s’ils s’en montraient dignes, les plus hauts postes du pouvoir, sans considération quant à leur génération ou à leur ancienneté dans la capitale. Cela permettait d’affaiblir la province en la vidant de ses Vampires les plus brillants, tout comme il créait la zizanie dans la société parisienne où les Anciens se voyaient en concurrence avec de jeunes vampires ambitieux et compétents.

Pour les Brujah parisiens, cet état de fait fut compris comme une provocation. Dans un sursaut d’orgueil, et sans entamer de négociation avec le Prince, ils déclenchèrent une insurrection dans les rues de Paris.

Le dernier sursaut des Brujah

Tout comme en 1848, les Brujah incitèrent la population parisienne à prendre le Pouvoir dans la capitale. Mais cette fois-ci, ils avaient Villon clairement opposé à eux. Barricadé dans ses appartements, il refusa de fuir de la capitale, mais envoya cependant ses principaux lieutenants à Versailles, siège provisoire du gouvernement, et leur donna comme consigne d’utiliser les grands moyens, quitte à s’affaiblir encore par rapport à Gustav.

Les Anarchs, que certains disaient manipulés par le Sabbat, démontrèrent une sauvagerie extrême. Plusieurs Toréadors de haut rang périrent lors de la Commune, dont Lescot.

Tandis que les troupes françaises rentraient à Paris et la reprenait dans une répression sanglante et brutale, des chasses de sang étaient lancées sur les chefs Brujah les plus extrémistes. La Primogène fut tuée, et après quelques mois, l’influence des Brujah à Paris se voyait réduite à peau de chagrin.

Les notables au Pouvoir

Il était dès lors incontestable que les nouveaux Ventrues représentaient de nouveau une force dans la capitale, même si leur différents avec leurs aînés n’avaient fait que s’empirer.

Pour contrebalancer leur poids, Villon fit appel aux Brujah survivants de la Commune, qui, matés et discrets, ne remettaient plus en cause son autorité mais défendaient l’instauration de la république chez les mortels. En cela il les soutenait complètement.

Cela dit, si la monarchie fut bientôt définitivement enterrée, il n’en restait pas moins que Paris était désormais au main de Vampires modérés, peu révolutionnaires, et très impliqués dans le monde économique. Si cela accroissait encore les inégalités et favorisait timidement la réapparition d’Anarchs et de Brujah révolutionnaires, Villon, quant à lui, s’en contentait très bien. La France, en effet, s’enrichissait considérablement et Paris était enfin considérée comme la plus belle ville du monde.

Paris, capitale du monde Occidental

Que serait la “Belle époque” sans les fastes et la splendeur du Paris du début du siècle ? Paris des salons, des cabarets, des courses, du vaudeville, de la mondanité et de l’apparat, mais aussi Paris du progrès, du métropolitain, des voitures automobiles et de l’Exposition Universelle…Sa modernité et ses fêtes éblouissaient l’Europe et l’attirait irrésistiblement (plus de cinquante millions de visiteurs à l’occasion de l’Exposition Universelle en 1900).

Les plus riches hommes de la planète se retrouvaient à Paris pour le plaisir et pour les affaires, car Paris était aussi devenue, grâce aux nouveaux Ventrues, un centre décisionnel de première importance et sa bourse pouvait influer fortement sur l’économie mondiale.

Les rapports avec la province restaient plus complexes, faits d’attirances et de répulsions. Si les vampires des autres grandes villes de France se défiaient de la politique parisienne, ils s’inspiraient néanmoins de ses dernières modes et cultivaient eux aussi leurs salons mondains et leurs fêtes locales…

L’apogée de la culture et de l’art

Le début du XIXème siècle fut une période particulièrement fertile en matière de culture et de pensée. Tout comme il marqua l’opposition nette entre les vampires modernistes et les tenant de la tradition. En effet, à l’heure des grandes découvertes scientifiques, de nouvelles philosophies se mettaient en place et l’art connaissait une, ou plutôt des, révolutions fracassantes. Dans ce grand mouvement européen, Paris faisait office de place centrale. La rapidité du mouvement surprit plus d’un Toréador qui, incapables de s’adapter, devinrent de violents réactionnaires…

A Paris, les écoles de peinture fleurissaient : symbolisme, fauvisme, cubisme, art abstrait… L’avant-garde bousculait les traditions et défrichait des sentiers inexplorés. Parallèlement l’art nouveau brillait d’un feu éphémère mais intense (il ne dura qu’à peine 20 ans). Fait d’éclectisme et d’innovations technologiques, il marqua d’une grâce infinie l’architecture et la décoration.

Les autres arts connaissaient aussi des transformations majeures. Les compositeurs brisaient les rythmes habituels et la danse se modifiait en conséquence. Le cinéma, dont la première représentation eu lieu le 28 décembre 1895 à Paris, connaissait une évolution rapide et étonnante (utilisation d’effets spéciaux, scénarii…).

Enfin, la France restait la première nation en matière de littérature. En dehors des récits d’aventures et d’anticipations, Marcel Proust jetait les bases du roman moderne (A la recherche du temps perdu). D’autres auteurs eurent également une influence remarquable, tel André Gide, Apollinaire, Bergson. Ils symbolisaient une France Toréador audacieuse et inventive.

Mais le souffle de l’art n’allait pas suffir à garantir sa grandeur. Le son des canons allait bientôt prendre le relais.

La Première Guerre Mondiale

A l’apogée de la puissance européenne, les principaux Princes n’avaient de cesse de s’imposer par rapport aux autres. Depuis 1871, la rivalité entre Villon et Gustav ne s’était pas atténuée, et l’entente, toute nouvelle, avec Mithras, ne s’expliquait que par une réaction à l’agressivité du Prince de Berlin. Les guerres de l’ombre et les luttes d’influences s’étaient montrées inefficaces. Pour en découdre, les différents protagonistes convinrent que seul l’affrontement violent serait efficace.

La seule chose qu’ils n’aient pas prévu, est que cet affrontement allait durer quatre ans…

Pour Villon, la Première Guerre Mondiale fut à la fois une occasion de renforcer, s’il en était besoin, son pouvoir, et une épreuve effroyable sur le plan international. Une union sacrée était proclamée à Paris et étendue à toute la France. Tout Vampire qui viendrait à l’encontre de « l’intérêt général » était considéré comme un traître. Plus que jamais Villon était à la tête de la France.

Sur le plan mondial la situation était plus difficile. Il fallait en effet demander l’aide des américains, que le Prince de Paris avait toujours ignoré. De même, dans les colonies françaises essentiellement dirigées par des Ventrues émigrés, ces derniers ne proposaient leur aide que contre un accroissement de leur pouvoir.

La fin de la guerre fut accueillie en France par un grand soulagement. Pour la première fois, aucun camp n’avait pu en tirer parti ou régler ses comptes. Tous avaient souffert de l’appauvrissement de la France et de l’effort de guerre.

Ils ne voulaient qu’une chose: retrouver la situation d’avant guerre.

Les années folles

Comme pour retrouver l’esprit de la Belle époque, les années folles renouaient avec les fêtes, l’insouciance et étaient marquées par l’esprit Toréador. Les cabarets étaient plus vivants que jamais, et, dans une certaine crainte de l’avenir les Vampires de Paris se désintéressaient de la politique pour ne plus se préoccuper que de festivités, et de petites magouilles sans grande portée. Seules les luttes artistiques et les conflits économiques semblaient garder quelque importance à la Cour où l’ambiance ressemblait de plus en plus à celle qui prévalait à Versailles sous Béatrix…

Certains clans, toutefois, gardaient quelques ambitions de pouvoir. Ainsi les anciens Ventrues favorisaient l’émergence des ligues royalistes et augmentaient leur influence dans les groupes, très puissants, d’anciens combattants. Ils étaient en cela concurrencés par les Tremeres qui faisaient leur retour en s’implantant dans les ligues fascistes et pro-nazies. Enfin la plupart des Brujah se recomposaient, tant bien que mal, en profitant de la montée du communisme. Entre ces différents groupes, la lutte était farouche et souvent violente. Sous l’œil désintéressé de Villon et de sa cour, ils préfiguraient les affrontements qui allaient marquer la Seconde Guerre Mondiale.

Vers l’embrasement

La plupart des Princes européens ne souhaitaient pas la guerre, et Villon pas plus que les autres. Il fit donc tout pour l’éviter et contenter sa cour. Ses démarches, toutefois, comme celles de ses voisins, s’avéraient n’être que des fuites en avant. La lourde machine de guerre allemande se mettait en place sans que personne, pas même Gustav, ne puisse l’arrêter.

Or, le Prince de Paris n’était pas prêt pour l’affrontement, et ses maigres possibilités de résistance étaient entravées par l’action des Brujah, des nouveaux Ventrues et des Tremeres. La France allait droit dans le mur…

Paris occupé : les années noires

Après une percée éclair sur le front des Ardennes, les allemands arrivèrent sur Paris en Juin 1944. La capitale était bombardée, puis envahie par les troupes nazies.

Aussitôt les Vampires allemands entreprenaient une grande purge des tenants du pouvoir parisien. Ils étaient en cela aidés par les Tremeres locaux, qui se plaçaient opportunément dans le camp dominant…Ils n’étaient toutefois ni assez nombreux ni assez puissants pour prétendre complètement au pouvoir. Il leur fallait composer avec un clan mieux établi. Les anciens Ventrues répondaient parfaitement à ces exigences. L’alliance fut conclue, certes dans la défiance, mais elle ne concernait que bien peu Paris, qui se trouvait en zone occupée.

Pierre Emmanuel de Pompignan et ses Ventrues n’étaient certes pas en guerre avec les allemands et il soutenait pleinement le régime vichyste ultra-réactionnaire qui se mettait en place, mais il n’en était pas moins surveillé et sa marge de manœuvre à peine visible.

En fait, la capitale était entièrement quadrillée par les Tremeres. Avec un zèle non dissimulé, ils assistèrent les allemands dans l’élimination, et nombre de dignitaires de la cour de Villon furent tués. Les autres Vampires soit s’exilèrent en Angleterre ou ailleurs en France, soit, comme Villon, se dissimulèrent dans la ville pour organiser la résistance.

Les armées de l’ombre

Face à l’envahisseur, de nombreux Vampires choisirent la lutte et le soutien aux réseaux de résistance. À Paris, cela concernait trois groupes. le premier était évidement celui des fidèles de Villon. Sous ses ordres, ils favorisaient les contacts avec les Vampires d’Angleterre et les autres résistants de France, leur objectif étant d’arriver à une coordination des forces de l’ombre, comme celle réalisée avec les quelques Brujahs nationalistes.

Avec les Brujahs communistes, l’alliance fut nettement plus compliquée. À la base opposés à la guerre, ils se sont massivement lancés dans la résistance en 1941. Très bien organisés, disposants d’un soutien humain très important, ils restaient en froid avec Villon. S’ils parvinrent à réunir leurs réseaux mortels, eux restaient plus proches de leurs cousins soviétiques que du Prince Toréador.

Le groupe, toutefois, qui s’est le plus massivement et le plus fortement impliqué dans la résistance a été celui des Nosfératus. Très nombreux à Paris, ils s’étaient aussi toujours montrés très discrets. Pour la première fois ils se montraient extrêmement actifs, et participaient activement à l’information des groupes de résistance. Ils se retrouvaient dès lors les cibles prioritaires des Tremeres qui, pour une raison encore inexpliquée à ce jour, semblait voir une priorité dans la capture des souterrains Nosfératus. Entre eux et les Tremeres, ce fut la guerre totale, et les cicatrices, encore de nos jours, ne se sont pas refermées.

La libération

La lutte, bientôt, tourna en la défaveur de l’Axe. Le débarquement avait réussi et la France, était peu à peu libérée par les alliés. À Paris, une certaine panique était perceptible chez les vampires nazis, les mouvements de résistance allaient en profiter, accentuer la lutte, voire même combattre au grand jour. Tandis que les Brujahs préparaient l’arrivée de leurs cousins communistes, Villon, de moins en moins visible, concentrait ses assauts sur les dignitaires Tremeres et préparait sa reprise du Pouvoir.

Ainsi, lorsque les vampires anglais et les Brujahs communistes venant d’Europe de l’Est et les américains eurent raison des dernières résistances nazis, ils s’attendaient à trouver un trône vacant et œuvraient chacun de leurs côtés pour y siéger en premier. Mais en arrivant, au même moment, au Louvre, ils eurent la surprise de voir un Villon, siégeant au milieu d’une véritable cour et accompagné par des Gargouilles. Apparemment il avait pu s’attirer l’alliance de ces dernières en leur offrant l’Ile de la Cité et la cathédrale Notre-Dame.

Grâce à cet exploit, Villon reprenait de plein droit son rôle de Prince de Paris…

La consolidation du Pouvoir

Après avoir purgé du Pouvoir tous les Tremeres, Villon eut comme politique de ne pas envenimer les querelles du passé et de rassembler le plus de vampires derrière sa personne. Ainsi ne prit-il aucune mesure négative à l’encontre des anciens Ventrues, tout juste les écarta-t-il de quelques postes sensibles, traditionnellement réservés à des Toréadors.

La création des banlieues

Dans l’entre-deux guerres, la banlieue parisienne avait connue une expansion exceptionnelle due à la désertification des campagnes. Elle était cependant de nature essentiellement pavillonnaire et très dispersée. Elle n’intéressa donc que très peu de vampires. En revanche, dans les années 50, la construction de grands ensembles engendraient des concentrations de populations particulièrement attractives pour des Caïnites.

Villon laissa les Anarchs s’y développer afin de marquer dans les esprits des vampires de Cour, le danger menaçant aux portes de la ville que le seul Prince était capable de mater.

La gentrisation de Paris

Le développement des banlieues s’accompagna aussi d’une transformation de la capitale. Prolongeant les tendances précédentes, elle devenait encore plus chère, et des quartiers entiers, tel le quinzième ou Bastille changeaient de visage et de population. Les habitants les plus modestes avaient de moins en moins le choix, seule la banlieue ou quelques quartiers au Nord de Paris pouvaient encore les accueillir. Le reste de la capitale devenait uniquement réservé aux plus riches, favorisant des Toréadors de plus en plus bourgeois et les nouveaux Ventrues. Les Giovannis profitaient de cette tendance pour refaire leur apparition.

La spéculation et l’argent facile incitaient les vampires à se livrer à des guerres financières impitoyables. Cela atténua considérablement leurs ambitions. De plus en plus individualistes, ils se contentaient fort bien de la présence de Villon à la tête de la France et ne pensaient plus au pouvoir.

Un pouvoir inébranlable

En fait, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, aucune crise n’est venue réellement ébranler la suprématie du Prince. Ni la décolonisation, ni la crise économique, ni même Mai 68.

Certains en viennent à penser qu’il a lui-même orchestré ces évènements afin d’affermir son pouvoir. Cependant, cette opinion parait naïve si l’on examine le nombre important d’acteurs de la vie politique vampirique et les impulsions antagonistes qu’ils lui donnent.